Le Diarraf Issa Mbengue, grand dignitaire de la collectivité léboue et chef du village est formel. Avant l’arrivée de Seydina Limamou Laye, fondateur de la confrérie layéne, dit-il très peu de gens pratiquaient l’islam. Toutes les grandes familles du village avaient leur « tour » esprit ou génie tutélaire auquel ils vouaient un culte. Mais au-dessus de ces «tours» de familles, il y avait Mame Ndiaré, grand génie protecteur du village qui était adoré par tous. Le nom de Mame Ndiaré est, dans le mythe de genèse du village, associé à celui de Gallirur Ab Simbar, l’ancêtre-fondateur de la lignée des Diagne de Yoff et autres sites lébou de la presqu’île du Cap Vert.

Gallirur Ak Simbar, l’aïeul des Diagne du village serait lié au génie de Yoff par un pacte sacré. Ceux-là mêmes qui sont les gardiens des fétiches et l’une des lignées qui demeurent les dépositaires de l’office du culte traditionnel des «tourous» et des rituels collectifs de réintégration sociale et de thérapeutique de la maladie mentale dénommé le « Ndeup » Mame Yaye Khary Samba Diagne, prêtresse léboue et la personne la plus âgée de cette lignée quand nous l’avions rencontrée en 1989. (Elle aurait selon son entourage entre 106 et 110 ans environ). Dans sa chambre qu’elle dit n’avoir pas quittée depuis plus d’une décennie quelle a perdu l’usage de ses jambes, cette vielle dame qui surprenait par son sens de l’humour et son extraordinaire capacité à se rappeler les événements et figures historiques du passé lébou, nous a expliqué comment le génie s’est apparié au village de Yoff.
Selon Yaye Khary Samba Diagne, alors doyenne de la congrégation des officiantes du culte traditionnel du « tourou », le génie tutélaire de Yoff, Mame Ndiarée aurait suivi sans que celui-ci le sache, son ancêtre Galliruur ak Sumbaar de puis toujours. Et donc durant toute son odyssée vers «Deukk raaw » (nom originaire de Dakar, la capitale du Sénégal, qui signifie «le pays où on est sauvé»).

