Le Président Me Abdoulaye Wade n’a pas eu la chance de Diouf ni la baraka de Macky Sall pour présider aux destinées de l’Union africaine. Mais il est l’auteur de quelques coups d’éclats diplomatiques retentissants.
Le Président Abdoulaye Wade fait partie des pères fondateurs du NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique).
Institutionnalisé au sein de l’Union africaine (UA), le Nepad vise à mobiliser des fonds interna- tionaux pour la réalisation de projets continentaux ou régionaux en Afrique. Lancé en juillet 2001, il est né de la fusion des plans Omega du président sénégalais Abdoulaye Wade et Map (Plan africain pour le millénaire) conçu par le chef de l’Etat sud-africain Thabo Mbeki en collaboration avec ses homologues algérien Abdelaziz Bouteflika et nigérian Olusegun Obasanjo. Une des réalisations notables dans le cadre du Nepad est la création d’un Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (APRM), auquel 23 pays sur 52 ont accepté de sous- crire. Le Ghana et le Rwanda sont les deux premiers pays à avoir été examinés… mais les conclusions n’ont pas été rendues publiques.
L’idée est d’attirer les investissements étrangers en contrepartie d’un engagement des Etats africains à une «bonne gouvernance», à la fois politique et économique, leurs efforts en ce sens devant être régulièrement évalués par les autres Etats avec l’aide du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Mais la portée de ce vaste audit de la vie politique et économique, sans va- leur contraignante, reste à démon- trer. Lors de la réunion d’Abuja qui avait réuni à l’époque six chefs d’Etat dont les pères du Nepad à l’exception de M. Wade le pré- sident en exercice de l’UA, Olusegun Obasanjo, a pourtant souli- gné l’importance «historique» de cette démarche volontaire lancée en 2003. «Peu importe ce que peuvent affirmer les afropessimistes et les cyniques professionnels, ce mécanisme constitue un progrès et représente une preuve vivante de notre détermination et de notre engagement d’améliorer la situation.»

Le Président Wade a souvent pris son bâton de pèlerin pour porter le titre de chef de la diplomatie africaine. Tout le monde se rappelle ses missions de bons offices en Côte d’Ivoire quand le pays était divisé en deux et quand la crise sur fond de guerre civile risquant d’embraser toute la sous-région couvait. Me Wade, accompagné de son ministre des Affaires étrangères Cheikh Tidiane Gadio, a joué à fond sa partition. En Octobre 2002, par exemple, en Côte d’Ivoire, après avoir obtenu un succès avec le cessez-le- feu, entre les rebelles du MPCI et le forces loyalistes de Laurent Gbagbo, le président sénégalais est écarté de la suite des négociations. Son retour se fera entre les deux tours de la présidentielle de novembre 2010 avec l’invitation et la venue d’Alassane Ouattara à Dakar. Ce qui provoqua l’ire de la diplomatie ivoirienne et l’accusation du camp de Laurent Gbagbo d’un parti pris manifeste. Puis, il invita le leader des Patriotes, Charles Blé Goudé…gagnant l’estime très vite des partisans de Gbagbo.
A la suite de l’élection présidentielle en Madagacar de décembre 2001, un statut quo politique bloque le pays et est source de tensions sur la Grande Île. Marc Ravalomanana, le challenger du président sortant Didier Ratsiraka, déclare avoir remporté la présidentielle au premier tour. Après l’OUA, le président Wade entre dans les négociations. Il parvient à réunir par deux fois Ravaloma- nana et Ratsiraka à Dakar. Lors de la deuxième rencontre entre les protagonistes, en avril 2002, un accord est trouvé. Il stipule la tenue d’un référendum populaire entre les deux candidats en septembre 2002 pour choisir un président. L’accord met en place également un gouvernement de réconciliation nationale de tran- sition.
Mais les accords de Dakar 1 et Dakar 2 ne seront pas respec- tés. Après six mois de bras de fer, Didier Rastiraka quittera le pays et Marc Ravalomana, dont la victoire a été reconnue par la Haute cour constitutionnelle, s’installera au pouvoir. Pour autant, le président Wade aura réussi un premier coup d’éclat diplomatique.
Rebelote. En mars 2009, éclate la deuxième crise malgache. Abdoulaye Wade, fort de sa première expérience de 2002,fait jouer sa médiation entre Marc Ravalomana, forcé de quitter le pouvoir, et Andry Rajoelina, le jeune président de la Haute autorité de transition.
Mais le président sénégalais, après plusieurs tentatives infructueuses, a laissé la main à la SADC. En janvier 2010, deux quotidiens mauritaniens le désignent, après vote des lecteurs, « homme de l’année ». Après le coup d’Etat d’août 2008 qui a conduit au départ du pouvoir de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, Abdoulaye Wade s’était investi dans la résolution de la crise politique en Mauritanie. La participation de Mohamed Ould Abdel Aziz, le général putschiste, à l’élection présidentielle après la période de transition, était l’un des principaux points de discorde. L’opposition menaçait de boycotter le scrutin. Une médiation heureuse qui a abouti à un accordde sortie de crise avec la participation de l’opposition mauritanienne à l’élection présidentielle de juillet 2009. L’accord mettait en place la formation d’un gouvernement d’unité nationale et d’élections présidentielles. A Niamey, en 2010, Me Wade tente de régler la crise politique au Niger. La même année, coup de poker en Guinée Conakry, où Abdoulaye Wade, qui avait d’abord soutenu le chef de la junte militaire Moussa Dadis Camara début 2009, s’est proposé d’aider à résoudre la crise politique qui faisait suite au premier tour de la présidentielle.

