L’opération de gratuité appelée “Sargal” a pris fin. Le Train Express Régional (Ter) démarre officiellement sa phase d’exploitation commerciale ce mardi 17 janvier 2022. Les gares desservies restent fréquentées mais ne connaissent plus lamêmeaffluence. Lequai de Rufisque est un peu plus clairsemé. A bord, seule la voix qui annonce les arrêts, vient par moment perturber le silence ambiant. Les commentaires et les téléphones portables qui rythmaient et immortalisent les premiers voyages se font rares. La découverte et son euphorie ont cédé la place à l’utilité.
“ J’ai préféré garer ma voiture pour expérimenter le Ter et je ne le regrette pas. Cela m’évite le péage et les embouteillages. J’ai fait rapidement mes courses et pour une fois je n’ai pas eu à me casser la tête pour le stationnement”, explique-t- il
Issiaka Coulibaly,
Dans les rames ou dans les gares, il n’y a pour l’instant pas de profils qui se dégagent nettement. Ce que les usagers ont surtout en commun, c’est la taille réduite de leurs bagages et le masque qui évoque la présence de la Covid-19. Présence que le conducteur rappelle régulièrement. Omar Faye, un voyageur trouvé à la gare de Rufisque, explique qu’un moyen de transport en plus ne peut qu’être bénéfique pour les sénégalais. “ Il est clair que le Ter est une bonne chose pour la mobilité urbaine. C’est une possibilité supplémentaire. Chacun choisira selon ses moyens et ses besoins. Personnellement, je ne compte prendre le Ter qu’occasionnellement. Je gère un multiservice à Colobane et avec ce que je gagne par mois, je ne peux pas me permettre de dépenser plus de 2000 francs par jour pour le transport. J’alternerai donc Ndiaga Ndiaye et Ter selon mes urgences”, lance-t-il en souriant.Paulette Delsol, étudiante à l’Ecole Supérieure Polytechnique de Dakar (ESP), elle, semble avoir trouvé son moyen de transport. Pour elle, le Ter est une bonne alternative aux taxis bókkoo qu’elle prenait habituellement. “C’est plus rapide, accessible, confortable et propre. Pour moi qui habite Rufisque, c’est vraiment un moyen parfait. Les risques d’arriver en retard aux cours sont considérablement réduits et je trouve le prix du ticket correct”, confie-elle.
La gare de Dakar, terminus du Ter, est plus animée que celle de Rufisque. La file d’attente devantles guichets est plus longue et le nombre de passagers qui sortent des trains, plus important. Il est 13h et les rangs grossissent un peu plus. Issiaka Coulibaly, le costume bien ajusté et les souliers luisants, attend le train à destination de Diamniadio.
“ J’ai préféré garer ma voiture pour expérimenter le Ter et je ne le regrette pas. Cela m’évite le péage et les embouteillages. J’ai fait rapidement mes courses et pour une fois je n’ai pas eu à me casser la tête pour le stationnement”, explique-t- il.
Toujours sur le quai, deux jeunes hommes tiennent délicatement leurs tickets de voyage. Il ne faut surtout pas endommager le QR code. Carreleurs de profession, Ibrahima Diouf et Yankhoba Diallo sont de Thiaroye. Selon le premier cité, prendre le Ter est plus reposant. “Avant il fallait se lever tôt pour espérer arriver en ville avant 10h. Là, en moins d’une heure on est sur place. C’est un gain de temps considérable. C’est du temps de repos en plus”.
On ne trouve cependant pas que des heureux. Amadou Dieng, vendeur à Sandaga, déplore le fait que la gare de Keur Mbaye Fall ne soit pas desservie. “ Je dois aller jusqu’à Rufisque avant de revenir sur mes pas. Le temps que je gagne en prenant le Ter à partir de Dakar, je le perds entre Rufisque et Keur Mbaye Fall.”
Frédéric Bardenet, Directeur général de la Société d’Exploitation du Ter (SETER), confiait dans une interview accordée au quotidien le Soleil que le train a transporté, “entre le 29 décembre et le 16 janvier, exactement 501.485 passagers, sur un objectif de 250.000”.
En ce début d’exploitation, on note toujours certes de la présence au niveau des gares mais on est loin du grand rush de l’opération Sargal. Il faudra plus de temps pour chif- frer la fréquentation et identifier le profil des usagers. Pour l’heure, beaucoup cherchent encore leurs marques. Quant à la Seter, elle se réserve le droit de communiquer ultérieurement sur la question.
MOBILITÉ URBAINE SÉNÉGAL
Le Ter s’impose dans le décor
Le Train Express Régional (Ter) a officiellement démarré sa phase d’exploitation commerciale le 17 janvier 2022. Près d’un mois après, Abdou Ndéné Sall, Directeur Général de la société nationale d’exploitation évalue à 1,7 million le nombre de passagers transportés au total, soit 50 000 par jour. Quant aux usagers, ils ont – pour l’essentiel- fini de prendre leurs marques.
L’offre de transport public à Dakar s’est un peu plus étoffée. Aux cars, bus, taxis, clandos il faut désormais ajouter le train Express Régional (TER). Le nouvel arrivant, aidé par la gratuité des premiers jours, a connu le rush, l’euphorie des usagers, puis est redevenu un moyen de transport normal. Aujourd’hui, aux heures de pointe, c’est par vagues que les voyageurs prennent d’assaut les gares. Les différentes étapes du voyage semblent mieux maîtrisées.
Il est 17h à la gare de Dakar. Une queue interminable borde le flanc droit de l’édifice. A l’intérieur, les plus jeunes jouent souvent des coudes tandis que le troisième âge attend sagement à l’écart. La cohue des voyageurs se mêle aux rappels et consignes des préposés à la sécurité. Il ne faut pas que ça déborde. «respectez le rang svp », «On avance calmement», «on bloque» … entend-on par moment. « Ceux qui comptent rester debout peuvent y aller », lance un agent de la Seter.
Les rangs se dispersent aussitôt et les plus jeunes se ruent vers le train à quai qui ne tarde pas à se remplir. Un gendarme tente symboliquement de contenir la vague en ouvrant largement les bras. Jean Faye, un usager résigné à intégrer un nouveau rang en attendant le prochain train ne cache pas son agacement. « C’est incroyable. On voit même de solides gaillards se glisser parmi les vieux pour passer en premier. Il faut penser à aug- menter le nombre de trains sinon ça va déborder un jour », peste-t-il

Plus d’économie, moins de fatigue
Loin du tumulte de Dakar, à Rufisque, précisément à l’arrêt PNR, les voyageurs descendent tranquillement, procèdent à la validation finale de leur titre de voyage et se dispersent. C’est là que nous trou- vons Doro Diop qui préfère le Ter à son véhicule personnel qu’il gare désormais dans les parages. «C’est plus reposant pour moi et je dépense moins», dit le contrôleur des impôts avant de se lancer dans un calcul plus détaillé : « Je faisais le plein d’essence à 30.000f pour moins d’une semaine. Je dépensais 2000F par jour pour le péage. Avec l’abonnement à 75000 F j’économise donc de l’argent».
Mohamed Dia, vendeur à san- daga dit aussi dépenser moins. « Avant je dépensais 2400f par jour entre Dakar et Rufisque. J’économise donc 400f en prenant le Ter et je rentre moins fatigué. C’est la longue file qui me posait problème. Je me suis donc trouvé une carte que je recharge régulièrement. », conclut-il.
Un mois après son lancement, le Ter s’imposait comme une option crédible pour les usagers. Selon Le Directeur général de la Senter (Société nationale d’exploitation du Train express régional), 50000 personnes sont transportées quotidiennement. Un chiffre bien en deçà des 115000 annoncés mais un bol d’air frais pour la mobilité urbaine en attendant le BRT.
Et les files au fur et à mesure…
Moussa SECK
Au moment où le précédent article s’écrivait, l’antre de la gare ne se voyait pas encore serpentée par d’aussi longues et régulières files. Et on était loin de se douter qu’après la qualification des lions pour la coupe du monde Qatar 2022, un bijou ferroviaire à deux têtes gérerait le retour de supporters.
Entre les guichets et les points d’embarquement, ça défile. Une vieille dame, foulard bien noué, une jeune fille, un homme à lunettes qui vient sûrement du bureau, un couple avec leur fils, des hommes et des femmes…un aperçu du peuple: tout le monde. Et parmi tout ce monde qui a opté TER pour rentrer, des agents de la gendarmerie, en plus des employés de la Seter, pour réguler les files. L’affluence entraîne du bruit, les files se rencontrent et ça chuchote. Le TER est prisé. « Prisé » !
Plus fort, doit crier cette jeune dame qui a lais- sé sa « feuille » tomber ! Son ticket ! Le QR code a frôlé terre…et ce n’est pas trop méchant. Ce qu’il ne faut pas, c’est le mettre en contact avec le téléphone. La légende raconte que ça peut se demagnétiser et qu’après, il faudra se payer une autre « feuille ». Vite, jeune dame ! Les files bougent. Il est presque 20h et les autres ne chercheront pas avec toi ta feuille. Autorisation donnée à la ligne de départ. L’on se rue vers la rame Plus de personnes debout qu’assises.
Au moment où le précédent article s’écrivait, il n’y avait pas autant d’affluence. Normal : le temps est le meilleur maître et il a enseigné à plus d’un qu’avec ces rames qui relient Dakar et Diamniadio, une certaine perte de temps est TERminée. Terminées, pour beaucoup, les longues attentes entre Rufique et le centre-ville.

« En dix minutes, tu es en ville et c’est franchement mieux qu’avant ». Ceci n’est sûre- ment plus une information. Venant d’un taximan, quand même ! Lui-même, Babacar Ndiaye, est heureux pour celles et ceux qui ne perdent plus de temps entre Rufisque et Dakar.

