Je pense croire, oui que l’esthétique d’une ville transcende les contours architecturaux de ses édifices, la qualité du tracé des ses boulevards et même le relief de son identité spatiale.
Un philosophe affirme que la beauté est objective (surprise), et il ya des règles bien précises à respecter pour rendre une ville belle. Pour ma part, cela devrait être moins complexe si la ville concentre dans ses entrailles les éléments intangibles et atemporels de la beauté. Dakar des esprits, Dakar des grands hommes et de ces femmes pionnières dans leur art était abonnée absente pendant un peu trop longtemps pour une ville de sa trempe.
Des téméraires rêveurs, mus par l’urgence du combat pour l’essentiel dans l’existentiel veulent remettre le cours de l’histoire à l’endroit. Ils empruntent résolument le chemin méandreux mais prometteur du pèlerinage vers les origines pour ne pas dire les temps de la splendeur. Quand Dakar était belle de sa créativité et de son foisonnement intellectuel et spirituel. Le lustre d’antan ne se retrouvera plus car un monde du passé appartient aux tiroirs de la mémoire collective. Charge à ces téméraires susmentionnés, soucieux de prendre possession des jours à venir de prendre la décision artistique et chevaleresque d’imaginer un nouveau croquis culturel en alignement direct avec ce qui reste et demeure l’âme de Dakar.
Son âme scelle son destin de porte d’entrée du souffle intarissable de l’homme en quête de profondeur et voie de sortie pour les esprits en conquête continue. Une fois, il était vu comme le réceptacle des embruns de l’intelligentsia ouest-africaine, avec des figures de proue qui avaient fini de cimenter leur place dans le panthéon des esprits du continent et même du monde. Ils continuent d’exhaler la teneur de leur intellect dans les mémoires d’ici et d’ailleurs.
Dakar, la belle aussi rebelle que douce et obéissante pour qui lui donne le temps d’être elle-même ; un havre d’hospitalité réceptif à tous les vents. Dakar à la croisée des chemins; réconciliant le nord et le sud tout en imposant sa souveraineté poétique sur l’ouest du continent originel. Elle peut légitimement compter parmi ses voisins des rêveurs de Sao Paolo, des surfeurs de Miami ou même des intrépides de New York, en attendant elle porte dans sa chair les terriens de tout le sahel.
Une revue de Dakar scellée par La Revue de Dakar est simplement une lapalissade culturelle et intellectuelle qui a pris tout son temps pour revenir avec fracas. La ville est restée trop longtemps sevrée de sa sève existentielle faite du frémissement ininterrompu du chant nostalgique des troubadours de la beauté évanescente du monde. Mais aussi la tragédie d’un peuple en quête perpétuelle de liberté et de résurgence. Oui ces beautés et ces tragédies, ces rêves et ces aspirations ont besoin d’être capturés dans un poème ou dans une prose, ou saisis dans l’ébauche d’un tableau initiatique; admirez avec moi les rêves sur coloris du berger de l’île de Ngor.
Surtout la Revue de Dakar c’est le retour vers les sources profondes de ce qui fait la particularité et la richesse de la pensée africaine faite de sagesse et de vie, et d’une inclinaison prométhéenne à l’émergence pour ne pas dire à l’ascension rendant ainsi hommage à ces devanciers de la plume porteuse de rêves humains et de desseins altruistes. L’ambition de cette revue est on ne peut plus salvatrice pour ceux-là qui nourrissent encore l’espoir non pas de vivre à rebours mais de magnifier ce qui ne peut mourir ni tomber en désuétude à savoir le caractère constitutif de ce qui est éternel.
Le Dakar que nous voulons refaire vivre est presque une nécessité en ces temps de manque d’essentiel où les distractions et les attractions fatales font croire que le raccourci qu’il soit intellectuel ou sociétal est inéluctable. Il ne l’est pas ; et les Djibril Tamsir Niane, les Samir Amin, les Cheikh Anta Diop de l’époque de sa splendeur se délectent dans leur royaume d’outre-tombe de se rendre compte que Birago Diop n’avait point tort en affirmant de manière poignante que les morts ne sont pas morts.
Aussi que les leurres d’un monde en déliquescence intellectuelle n’est que lueurs fugitives; que le chemin de l’esprit cherche à retrouver ses sentiers dans cette presqu’île de l’espoir de tout un peuple, tout un continent, bref de toute une humanité africaine.
Bon retour à toi Dakar.

