Dakar est une ville créative. En toute partialité, Dakar est la ville la plus créative de toute l’Afrique de l’ouest et l’une des villes les plus créatives du continent africain.
Dakar attire. Les artistes étrangers qui y vivent ou qui la visitent y retrouvent inspiration et hospitalité. Sa biennale, plus profonde et plus puissante d’édition en édition, est l’ex- pression de sa créativité. Celle-ci renforce aussi le positionnement de la ville en hub culturel, « un visage identifié par le reste du monde comme un hub culturel situé au bord de l’atlantique et qui se projette dans le monde comme un carrefour et un havre de paix » souligne El Hadji Malick Ndiaye, historien de l’art et directeur artistique de la 14e édition de la biennale.
Dakar séduit. Par sa faculté (plus précisément celle de ses habitants) à créer et à inventer en permanence. Par son histoire riche, ses territoires diversifiés et sa population cosmopolite qui ne laissent personne indifférent. Si aujourd’hui, le monde entier a les yeux rivés sur le Sénégal, petit pays africain à l’hospitalité et à la stabilité légendaires, c’est parce que ce pays dispose de gisements de ressources immatérielles : vous savez, ce patrimoine historique, ce souffle poétique, ce supplément d’âme, qui font toute la différence car ils sont le terreau de la créativité. Ils permettent aussi à une nation de rester debout.
Toute entreprise créative est une prise de risque utile à la société
Mais les créateurs qui peuplent Dakar vivent très souvent dans l’indigence. Ces artistes qui illuminent notre quotidien en faisant vibrer et rayonner de milles manières les Sénégalais, mais aussi le reste du monde, ceux-là même qui participent à la forge de notre vivre ensemble, qu’obtiennent ils en échange de tout ce qu’ils nous procurent ? Pas grand-chose…
Rappelons qu’il y a une prise de risque à l’origine de toute entreprise créative. Prise de risque émotionnelle, personnelle et fi- nancière, car l’on investit son temps, son imaginaire et sa créativité. Cette entreprise, qui a son utilité dans la société (fermons les yeux et imaginons un instant une société vide de toute forme d’art), reçoit hélas, le plus souvent uniquement une rétribution immatérielle : de l’émotion, des félicitations, de la reconnaissance.
Cela nourrit l’égo, pas l’homme (ou la femme). Au-delà de son cachet ou du prix de vente de son œuvre, l’artiste a besoin, pour vivre de son art, d’accès aux financements, de protections diverses et de diffusion de ses œuvres sur le marché.
Mais les mécanismes de protection des artistes sont inexistants ou inappliqués
L’État a son rôle de protecteur à jouer à travers le renforcement des politiques publiques de soutien aux artistes. Il n’existe pas de loi portant sur le statut de l’artiste au Sénégal. Quant à l’absence d’application du décret sur la rémunération pour copie privée (datant de 2015), elle ne cesse de surprendre parce que la somme qui pourrait en être récoltée annuellement est estimée à 8 milliards de francs. Ousseynou Nar Gueye attire ici notre attention sur l’urgence de son application effective, sept années après la création d’une commission copie privée. Pourquoi ce décret reste-t-il lettre morte alors qu’il pourrait permettre de soutenir des milliers d’activités culturelles chaque année ? Énigme…
La culture représente une filière qui a besoin d’être structurée car elle est un puissant vecteur de développement économique pour le pays : l’on parle désormais d’industries culturelles et créatives. Celles-ci contribuent à l’animation sociale et culturelle des territoires mais elles sont aussi porteuses d’innovation sociales et sont une source d’emplois pour des millions de jeunes.
Après un retour sur la 14ème édition de la biennale d’art contemporain africain, évènement culturel phare de Dakar, ce numéro présente le travail de certains artistes et acteurs du secteur des industries culturelles, ainsi que certains chantiers en cours dans le domaine des politiques publiques.
Pour finir : Dakar est une ville qui se bé- tonne mais le béton et la poésie peuvent faire bon ménage. Allier le geste créateur de l’artiste à celui du bâtisseur est la solution pour que Dakar continue à respirer.
Car le béton sans la poésie laisse présager d’un futur terrifiant…
Bonne lecture
Aminata K. Dioukhané
Directrice de Publication

