Nichée au cœur du Point E, l’entreprise Kayfo Games Studio s’est installée à Dakar dans un contexte où les initiatives de création de jeux sont éparses du fait d’un manque d’harmonisation et d’accompagnement. Les jeux vidéo mobiles conçus par Kayo Games à Dakar visent à divertir tout en sensibilisant les amateurs sur certains sujets.
Le choix de s’installer à Dakar a été un choix d’abord personnel pour Julien Herbin, co-fondateur et PDG de Kayfo Games Studio. Mais la capitale sénégalaise présente aussi un écosystème et des opportunités qui ont motivé son choix : une scène technologique déjà en place, des jeunes dotés de compétences techniques et artistiques intéressants pour développer des jeux et un marché non négligeable.
Pour la petite histoire, c’est lors d’un congé sabbatique qu’il est venu au Sénégal pour la première fois avec son épouse qui travaille dans l’humanitaire. Ayant foulé le sol sénégalais, Julien est tombé amoureux de ce pays et de ce qu’il a à offrir. « J’ai remarqué qu’il y avait des jeunes qui essayent de développer des jeux vidéo mais c’était un peu compliqué parce qu’il manquait des éléments pour les aider à produire des jeux de manière organisée et professionnelle ».
En 2015, il a codéveloppé un jeu avec un jeune rencontré lors d’un hackaton, un concours de développement d’applications à Dakar. « Il a eu l’idée du jeu, on l’a développé ensemble et on a décidé de le sortir sur les appareils mobiles Android et IOS ».
Ce produit est devenu le jeu qu’on appelle aujourd’hui Da’Karapid, qui met en scène le car rapide dakarois. Mais la naissance de Kayfo Games Studio interviendra quatre ans plus tard après son retour en France. C’est en avril 2019 que Julien Herbin revient en famille au Sénégal avant de mettre en place le studio en mai de la même année.
La grande spécificité des jeux conçus par Kayfo Games Studio, c’est qu’ils sont inspirés des réalités et de la culture africaine. Le but est de représenter positivement l’Afrique qui était quasiment absente dans les jeux ou bien souvent représentée de manière négative. « J’avais envie de développer des jeux qui représenteraient l’Afrique sous des traits plus avantageux avec des éléments culturels intéressants pour les joueurs et à travers lesquels, ils vont pouvoir découvrir l’Afrique, la vraie Afrique. »
A ce jour, le studio Kayfo Games a mis à la disposition du public quatre jeux mobiles, des jeux à la fois éducatifs et de divertissement dont un jeu de football où on doit faire jongler un petit garçon d’abord sur un terrain vague aussi longtemps que possible pour obtenir le meilleur score. Il est aussi possible de se comparer aux autres joueurs à travers le score qu’on va obtenir et cumuler des points pour son pays.
Il y a un jeu de course qui met en scène un car rapide qu’on doit faire évoluer le plus longtemps possible sur une route truffée d’obstacles et un autre de nettoyage de plage qu’on appelle Clean my Beach. Il permet de sensibiliser les plus jeunes notamment sur la pollution plastique et ses impacts ainsi que sur la nécessité de se débarrasser de ces déchets.
Et puis, il y a un jeu de basket, à la façon rétro, où on va évoluer dans différentes villes du monde. La particularité c’est qu’on a des villes à la fois américaines, asiatiques, européennes mais aussi des villes africaines parmi lesquelles figure Dakar.
A Kayfo Games, chaque membre de la petite équipe accomplit des taches spécifiques dans la chaine de production. Confortablement installé devant son ordinateur portable, Thierno Ndiaye, développeur informatique, explique qu’il est chargé de programmer et d’intégrer l’ensemble des mécanismes et assets graphiques dans les jeux vidéo. Son travail permet, en somme, de mettre en place les différentes fonctionnalités qui facilitent la pratique et rendent agréable l’expérience du joueur.
Le graphiste et directeur artistique de Kayfo Games Studio, Ngagne Demba Diop, le regard bien souvent fixé sur sa tablette, est chargé de dessiner les personnages et autres éléments constitutifs du scénario des jeux. C’est un passionnée du dessin sur papier d’abord et qui s’est mis à la page lorsqu’il y a eu la transition entre le support digital et l’imprimé. « Avec les tutoriels sur Internet, on arrive à apprendre à utiliser l’outil numérique qui nous permet de gagner pas mal de temps sur le travail. »
Les produits de la startup sont bien accueillis par le public mais un problème de monétisation se pose d’où la nécessite de définir un modèle économique plus adapté au contexte africain. « Les gens vont rarement acheter un jeux sans trop savoir ce qu’il y a derrière. On garde plutôt les modèles qu’on appelle Free to Play », nous explique Julien Herbin.
Ce modèle permet de télécharger librement le jeu et commencer à jouer gratuitement. C’est en évoluant dans le jeu qu’on va pouvoir faire des micros achats qui permettent soit de progresser plus vite soit de personnaliser un peu plus notre expériences de jeu.

Kayfo Games Studio est membre d’un regroupement des dix studios africains de jeux vidéo appelé Pan Africa Gaming Group (PAGG). L’objectif est de mettre en place un éditeur continental afin de partager des ressources et créer des opportunités économiques dans le domaine du jeu à travers l’Afrique.
Le PAGG est à la fois un lobby et une coalition, ses membres partagent leur expérience pour attirer des capitaux ou générer des profits. Le développement du jeu vidéo africain intéresse aussi de près les grands studios internationaux qui suivent attentivement les premiers pas du Panafrican Gaming Group.

