Le gouvernement sénégalais a validé, jeudi, une nouvelle stratégie nationale de lutte contre la migration irrégulière. Ce plan de lutte contre le phénomène s’étale sur dix ans et doit être financé par le budget national et des partenaires extérieurs.
La Stratégie nationale de lutte contre la migration irrégulière (SNLMI) vise « à réduire drastiquement le phénomène à l’horizon 2033 », a déclaré le ministre de l’Intérieur Antoine Felix Abdoulaye Diome, lors de la présentation du document, en présence du Premier ministre Amadou Bà et de cinq membres de son gouvernement. .
Cette stratégie se décline sur cinq axes: la prévention, la gestion des frontières, des mesures de répression (contre les convoyeurs), des mesures d’aide, d’assistance et de protection, le retour et la réinsertion des migrants.
« Il apparait nécessaire de démultiplier les initiatives et de nous fixer de nouveaux objectifs afin d’améliorer nos résultats », a indiqué le ministre de l’Intérieur Antoine Felix Abdoulaye Diome, lors de la présentation du document, saluant des acquis « appréciables » déjà obtenus dans la lutte contre ce « phénomène dangereux ».
Le document qui va servir de feuille de route pour la Stratégie est, d’après Diome, le fruit d’un travail de 18 mois, piloté par le Comité interministériel de lutte contre l’émigration clandestine pour trouver des solutions inclusives.
Le Premier ministre assure que ‘’l’Etat compte intensifier la sensibilisation des populations sur l’étendue du territoire, renforcer les mesures de contrôle et de surveillance des frontières terrestres, maritimes et aériennes par la dotation d’équipements conséquents aux Forces de défense et de sécurité, et de structures complémentaires’’.
Il a annoncé que le gouvernement va également ‘’améliorer et mettre en application notre arsenal juridique, soutenir les migrants et offrir des opportunités palliatives à la migration irrégulière notamment dans le domaine de l’emploi et du financement des jeunes et des femmes’’.

Selon M. Ba, ‘’la lutte contre la migration irrégulière est un effort collectif de tous les acteurs de la société’’. ‘’En travaillant ensemble, nous pouvons créer un environnement propice au développement, à la stabilité et à la prospérité pour ainsi dissuader les jeunes de risquer leur vie dans des migrations irrégulières’’, a-t-il dit.
Pour lui, ‘’l’émigration irrégulière est un phénomène dramatique qui appelle à notre compassion et à notre détermination collective à agir’’.
Il estime que ‘’derrière chaque migrant irrégulier, se cache un récit humain, des rêves, des espoirs et des sacrifices, des personnes qui risquent leur vie pour franchir des frontière (…)’’
Dans la même optique, le gouvernement s’attaque fermement à l’exploitation des migrants par des réseaux criminels et travaille à renforcer sa coopération avec les autres pays pour échanger des informations et les meilleures pratiques.
Le ministre de l’Intérieur a fait savoir que pour l’année 2021, cinq pirogues ayant quitté les côtes sénégalaises sont arrivées aux Îles Canaries. « Soit une baisse de 85% par rapport à l’année 2020« , a-t-il relevé à ce propos.
Il s’agira ainsi à travers la SNLMI, de conforter cette tendance drastiquement à la baisse en s’attaquant, selon, lui aux causes économiques et celles non économiques.
La validation de la SNLMI se tient dans un contexte de recrudescence du phénomène « Barça ou barsakh » ( Barcelone ou la mort, en langue locale) par lequel des migrants clandestins tentent de rejoindre en pirogue les Îles Canaries, depuis les côtes sénégalaises. Au moins 30 morts ont été enregistrés ce mois dans deux chavirement de pirogues ayant tenté l’aventure.
Le ministre porte-parole du gouvernement, Abdou Karim Fofana, a indiqué mardi que la police a interpellé 530 personnes, candidats à l’émigration clandestine, déféré 47 convoyeurs et saisi neuf pirogues depuis le début de l’année. La gendarmerie a interpellé 195 candidats, dont 173 Sénégalais.
Le président Macky Sall a le 20 juillet « demandé au gouvernement d’intensifier les contrôles au niveau des zones et sites potentiels de départ, mais également de déployer l’ensemble des dispositifs de surveillance, de sensibilisation et d’accompagnement des jeunes » en renforçant les programmes publics « de lutte contre l’émigration clandestine ».

