Situé sur la plage rocailleuse de Fann-Hock, à l’emplacement actuel de la Cour de cassation sur la corniche, l’immense édifice à l’architecture sobre à califourchon sur la roche qui surplombe, à la fois, la baie de Soumbedioune avec sa constellation de pirogues bariolées jonchées sur des quilles ou ancrées au large et Kaka-kalaam, le site sacré sur la plage de Fann-Hock ( hokh de son nom lebou originaire), juste en face de l’îlot Sarpan (et non île aux serpents, comme l’abus l’a imposé à l’usage), sur le Parc des îles de la Madeleine, c’était cela l’ancien mythique Musée dynamique.
Sur le rond-point, au porche de cette institution, la statue, remplie du sens de ses symboles ( la balance et le livre sacré ouvert sur une main)rappelle son affiliation à Thémis et aux augustes juges qui arpentent son temple, les nouveaux maîtres des lieux. On est loin de s’imaginer que feu Joe Ouakam Issa Ramanguel Samb et ses amis du laboratoire Agit’Art, ont arpenté et quasiment « habité » ces lieux. Et y ont « performé », dans sa cour et ses jardins d’alors, mais surtout avec le décorum fou et les gueux qui assuraient le spectacle, la mythique pièce théâtrale de la triade des « Plekhanov » et notamment la trois consacrée « à la mémoire du futur».
Ce lieu c’était le Musée dynamique créé à l’initiative du président Léopold Sédar Senghor et conçu par l’ethnologue suisse Jean Gabus directeur Musée d’ethnographie de Neuchâtel. Sur le frontispice de cette institution le poète-président Léopold Sédar Senghor avait fait inscrire ces mots : « Seul l’Homme peut rêver et exprimer son rêve en des œuvres qui le dépassent ? Et dans ce domaine le Nègre est roi / D’où la valeur exemplaire de la civilisation négro-africaine / Et la nécessité de la décrypter / Pour fonder sur elle un nouvel humanisme».
On apprend ceci de la note de concept de Journée d’étude organisée par El Hadji Malick Ndiaye, (Institut fondamental d’Afrique noire), Emmanuelle Chérel (Ecole des Beaux-Arts de Nantes Saint-Nazaire/UMRCNRSAAU, équipe CRENAU de l’école nationale supérieure d’Architecture de Nantes),Maureen Murphy (Université Paris1 Panthéon Sorbonne/Institut universitaire de France), Daniel Sciboz (Head, Genève) avec les interventions de Abdou Sylla, El Hadj Si, Lucia Allais, Ousmane Sow Huchard.
« Inauguré le 31mars1966 à l’occasion du Festival mondial des arts nègres, construit sur le front de mer de Dakar, le Musée dynamique créé à l’initiative du président Léopold Sedar Senghor, est conçu par l’ethnologue suisse Jean Gabu, Directeur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel, consultant pour l’UNESCO, et réalisé par M. Chesneau, un architecte de Dakar. Il accueillit la fameuse exposition L’art nègre : sources, évolution, expansion (1966) pensée comme le cœur du Festival. Le Musée dynamique constitua une vitrine de l’art moderne international, ainsi que des arts classiques de l’Afrique de l’ouest de 1966 à 1977. Outre les salons nationaux des artistes plasticiens sénégalais, les activités culturelles comme la recherche, la collecte et l’étude du patrimoine culturel et artistique, la conservation et la diffusion des œuvres du patrimoine privé artistique de l’État, le musée organisa de très nombreuses expositions temporaires dont Témoins des temps passés (1966), Marc Chagall (1971), Pablo Picasso (1972), Fritz Hundertwasser (1973), Pierre Soulages (1974), Alfred Mannessier (1976), Iba Ndiaye (1977).
Transformé, par une décision spectaculaire de Senghor, à partir de 1977 jusqu’en 1982, en Centre africain de perfectionnement et de recherches des interprètes du spectacle vivant (Mudra-Afrique) créé par Maurice Béjart, le bâtiment est confié à Germaine Acogny pour ensuite retourner de 1984 à 1988 à sa vocation originelle sous la présidence d’Abdou Diouf (avec notamment des salons des artistes sénégalais et les expositions Alpha Waly Diallo (1986), El Hadji Sy (1987)). En 1988, les locaux du Musée sont affectés brusquement par l’État à la Cour suprême qui y prend placeen1990. Après les nombreuses critiques et indignations des professionnels des musées et des agents de la culture, Abdou Diouf, annonce officiellement en 1996 le retour du Musée dynamique à son ministère de tutelle. Une décision qui n’a jamais été exécutée»
L’histoire du Musée dynamique de Dakar semble se confondre avec celui d’Ousmane Sow Huchard Soleya Mama. C’est-à-dire de l’ancien patron du Rassemblement des écologistes du Sénégal (RES) et musicien ami de feu André Lo avec qui il a fondé le mythique orchestre du Wato Sita.
Cet intellectuel éclectique qui a fait avec un certain Max Mbaye Dibert, les beaux jours des «Merry makers» avait, avant son engagement en politique, dirigé le Musée dynamique du temps de Mudra Afrique de Germaine Acogny, cette autre icône de la création artistique sénégalaise.
Après la fermeture dans des conditions douloureuses qui ont affecté plus d’un homme de culture, il avait pris sur lui de s’éclipser… D’arrêter de saturer le champ médiatique pendant de longues années comme sont si prompts à le faire les hommes politique du même acabit et élus du peuple de surcroît (ce qu’il deviendra, beaucoup plus tard, à la faveur d’une nouvelle vie), il fallait être Soleya pour le faire.
Celui qui, au Québec, la Belle province du Canada francophone où il a longtemps vécu, on considérait comme « le sénégalais le plus célèbre, après Senghor », n’aurait pas laissé s’effriter l’aura que s’est forgé au cours des ans cette super star de la musique. Mais pas uniquement (car il est aussi un ponte du monde des idées).
L’assimilation en serait alors rendu moins hasardeuse que certains ont été, à un moment, tentés de faire entre lui et son bouillant camarade écolo-député européen Cohn-Bendit, universitaire émérite et activiste éclectique comme l’est son clone sénégalais. Soleya Mama est lui aussi Docteur d’université (pour une thèse en muséologie soutenue à l’Université Laval au Québec). Mais aussi homme de son temps au cœur de tous les débats sur les questions vives qui agitent sa société et homme de culture tout court.. Député sexagénaire engagé dans tous les grands combats pour l’émergence, Soleya Mama a toujours rêvé « d’un Sénégal démocratique avec un cadre de vie placé sous la férule permanente de l’écocitoyenneté, pour un Sénégal vert divers et solidaire qui respecte l’environnement et les droits de l’homme»… Peut-être qu’un jour pas plus trop lointain se réalisera son rêve pour l’ancien Musée dynamique pour lequel il s’est tant investi et à la réhabilitation duquel il a tant donné.

