Une émancipation à conquérir
Se former, s’armer de savoir et briller. C’est la recette que les femmes ont trouvée pour s’assurer une place dans le monde de l’art. « La conquête d’une émancipation sans fin », comme le souligne Aissatou Ndeye Aida Diop, commissaire d’exposition.

Dans la salle des pas perdus de l’ancien Palais de justice de Dakar, la Biennale de l’art contemporain africain vit ses dernières heures. Et les derniers visiteurs se bousculent pour admirer l’exposition internationale. La sérénité qui imprègne les lieux est à peine perturbée par les chuchotements et les pas légers des visiteurs. Très peu d’entre eux repartiront sans passer à l’étage, dans une des pièces ou l’installation futuriste de Caroline Gueye, attire toutes les attentions. Son « Quantum tunneling », qui transpose la physique quantique dans l’art lui a valu le Prix Cedeao de la meilleure artiste de cette 14e Biennale de Dakar. Caroline Gueye fait partie des 40% de femmes sélectionnées pour l’exposition internationale. Cette présence remarquée des femmes est une véritable « percée » dans ce monde dominé par les hommes, estime une spécialiste de la communication et de l’art. Pour Khady Gadiaga, les femmes artistes doivent d’abord percer ce plafond de verre de contraintes socio-culturelles. « Mais elles y arrivent », assure-t-elle. « Au Sénégal, nous sommes habitués à ne citer que des hommes quand il s’agit de parler d’artistes visuels. Cependant, à côté de ces hommes, des femmes artistes visuelles ont, non seulement excellé dans ce domaine, mais ont également contribué à la construction des bases de l’art contemporain séné- galais », constate Aissatou Ndeye Aida Diop, commissaire d’exposition. Les sillons de ce parcours dans le monde artistique ont été posées par des pionnières. Parmi elles, Younousse Seye, une des premières femmes peintres du Sénégal postindépendance. En se créant un langage personnel articulant esthétique et religion, mais aussi en instaurant un dialogue entre la société et les femmes, cette artiste a contribué à faire ans la salle des pas perdus de l’ancien Palais de justice de Dakar, la Biennale de l’art contemporain africain vit ses dernières heures. Et les derniers visiteurs se bousculent pour admirer l’exposition internationale. La sérénité qui imprègne les lieux est à peine perturbée par les chuchotements et les pas légers des visiteurs. Très peu d’entre eux repartiront sans passer à l’étage, dans une des pièces ou l’installation futuriste de Caroline Gueye, attire toutes les attentions. Son « Quantum tunneling », qui transpose la physique quantique dans l’art lui a valu le Prix Cedeao de la meilleure artiste de cette 14e Biennale de Dakar. Caroline Gueye fait partie des 40% de femmes sélectionnées pour l’exposition internationale. Cette présence remarquée des femmes est une véritable « percée » dans ce monde dominé par les hommes, estime une spécialiste de la communication et de l’art. Pour Khady Gadiaga, les femmes artistes doivent d’abord percer ce plafond de verre de contraintes socio-culturelles. « Mais elles y arrivent », assure-t-elle. « Au Sénégal, nous sommes habitués à ne citer que des hommes quand il bouger les lignes. A sa suite, de nouveaux noms cherchent à bous- culer la hiérarchie des mâles. « Les femmes ont toujours lutté pour s’affirmer vis -à -vis des hommes car évoluant dans un milieu où la misogynie et le machisme sont évidents », souligne Aissatou Ndeye Aida Diop. Artiste plasticienne, Aichetou Dieng n’hésite pas à parler de jalousie. « Pour moi, c’est de la jalousie de penser que la femme ne doit pas atteindre certains niveaux. Être femme, c’est d’abord être humain et cette humanité est capable d’associer le travail de l’art à un autre métier », dit-elle.
Quand le regard des spectateurs se pose sur les tableaux des femmes, la sentence qui tombe peut être réductrice.

« Une sensibilité féminine » que pourtant, les hommes s’approprient quelques fois pour peindre. Mais au final, les femmes artistes sont toujours discriminées. « Il y a toujours des frustrations au niveau des sélections parce que les hommes sont plus favorisés que les femmes. Malgré le travail remarquable que l’on expose un peu partout dans le monde, le Sénégal nous sous-estime », constate avec désolation Aichatou Dieng qui a déjà reçu une distinction au Fem ’art de Chypre. Cette différence dans le regard s’étend jusqu’à la sphère économique. Et même sur la scène in ternationale, les femmes vendent beaucoup moins bien que les hommes. La première artiste dans le classement est une japonaise. Yayoi Kusama, est classée pour la 34ème meilleure enchère après 33 records masculins. Par ailleurs, cette meilleure enchère féminine est dix fois moindre que la meilleure enchère au masculin, renseigne Mme Gadiaga.
Une organisation tenue par les femmes
Quand on remonte dans le temps, on se rend compte qu’avant même de tenir les pinceaux, les femmes n’étaient représentées que nues, leur corps instrumentalisé. Aujourd’hui la donne a changé. Les femmes ont repris le pouvoir. Et il suffit de jeter un regard sur l’environnement des arts visuels pour s’en apercevoir.
« Elles ont compris que si elles voulaient se faire une place, il faudrait qu’elles aient un bagage conceptuel solide. C’est pourquoi elles ont investi tout ce qui est université et elles en sortent structurées et très bien formées. Et c’est pourquoi elles occupent de plus en plus de place sur la scène internationale », assure Mme Gadiaga en citant les exemples de Ngoné Fall, Marie Helene Preira, Aissatou Ndeye Aida Diop ou Koyo Kouoh qui sont des curatrices reconnues. Thérèse Turpin Diatta, Bineta Cissé, Océane Harati, Joelle le Bussy, Jennifer Houdrouge sont aussi toutes à la tête de galeries d’art réputées. De manière général, les femmes sont beaucoup plus présentes en tant que commissaires, galeristes, historiennes de l’art ou critiques. « L’organisation est tenue par les femmes », souligne Mme Gadiaga.
Des artistes engagées
Sur un autre registre, l’on peut dire que cet art féminin a tout de même été le ciment des luttes féminines et féministes. Si des artistes comme Germaine Anta Gaye ou Awa Seni Camara ont su imposer leur art et apporter des innovations majeures, dans le sous verre ou dans la poterie d’art, aujourd’hui de jeunes artistes ont pris le relais. Et leur pratique est en soi un engagement. « Les artistes visuelles féminines au Sénégal sont à la conquête d’une émancipation sans fin. Dans le film documentaire ‘’Fer et verre’’ d’Ousmane William Mbaye, Anta Germaine Gaye, une artiste sortie de l’école des Arts nous fait part de ses luttes en tant que femme, musulmane et noire », rappelle Aissatou Ndeye Aida Diop. Aujourd’hui, Fatou Kandé Senghor, artiste engagée qui touche à tout est devenue la référence de cette jeune génération. « Elle est peintre, photographe, performeuse, plasticienne, cinéaste et autre chose. Fatou est celle qui bouscule les codes et brise les barrières pour parler de sujets qui sont restés tabous des années durant. Elle se positionne comme la mentor de la jeune génération de femmes artistes et joue bien son rôle d’ailleurs car a réussi à transformer les imaginaires de ces jeunes femmes qui, aujourd’hui, sont très impliquées dans le mouvement de lutte pour la parité, l’équité et toutes les questions de genre au Sénégal », confesse Aissatou Ndeye Aida Diop.
