« Mobiliser les financements du secteur privé en faveur du climat et de la croissance verte en Afrique », c’est le thème des assemblées annuelles de la Banque africaine de Développement du 22 au 26 mai à Charm el-Cheikh, en Egypte. L’institution panafricaine semble vouloir conjuguer de manière efficiente croissance économique et croissance verte. Une option que confirme Hassatou Diop N’Sele, la vice-présidente chargée des finances du groupe, dans un entretien accordé à Le Point.
Extrait.
« L’Afrique est le continent le plus vulnérable aux effets néfastes du changement climatique et reçoit la plus faible part du financement climatique au niveau mondial. Selon le rapport publié par la Banque africaine de développement sur les perspectives économiques en Afrique en 2022, l’Afrique n’a reçu entre 2016 et 2019 que 18 milliards de dollars en moyenne par an sous forme de financement climatique (environ 3 % du financement climatique mondial). Dans l’édition 2023 du même rapport, il est noté que « seul un tiers environ des financements privés mobilisés par les Banques multilatérales de développement (BMD) et les institutions financières de développement (IFD) ont ciblé l’action climatique sur le continent sur la période 2018-2020 ».
Par ailleurs, le continent est également aux prises avec des besoins élevés, un faible accès au financement pour les infrastructures tandis que près de 600 millions de personnes demeurent sans accès à l’électricité. Il est à noter que près de 600 milliards de dollars seront nécessaires jusqu’en 2030 pour combler le déficit de financement pour l’adaptation climatique alors que les coûts du changement climatique continuent d’augmenter.
Dans le nouveau cadre stratégique du Groupe de la Banque sur le changement climatique et la croissance verte adopté en 2021, l’institution s’est fixé comme objectif, notamment, d’aider l’Afrique à augmenter son financement pour le climat des 3 % actuels à 10 % d’ici à 2030. Nous continuerons également à mobiliser davantage de financements à travers le secteur privé pour les projets d’adaptation et d’atténuation. Nous veillons également à ce que les projets soient alignés sur les accords de Paris – c’est-à-dire des projets à faible émission de carbone et résilients au changement climatique.
Nous nous sommes d’ailleurs engagés à allouer 40 % de nos investissements annuels au financement climatique et à assurer la parité entre l’adaptation et l’atténuation. Depuis 2018, le Groupe de la Banque a engagé plus de fonds pour l’adaptation que pour l’atténuation, devenant ainsi la première banque multilatérale de développement à atteindre et dépasser la parité. Cet effort a été soutenu et renforcé avec 67 % des financements climatiques du Groupe de la Banque alloués à l’adaptation en 2021. L’initiative Desert to Power est ainsi dirigée par le Groupe de la Banque dans le but d’exploiter le potentiel solaire des pays du Sahel grâce au développement de 10 GW de capacité de production solaire. L’objectif est de fournir de l’électricité à près de 250 millions de personnes dans 11 pays du Sahel à travers des solutions réseau et hors réseau.
À travers le Programme africain d’accélération de l’adaptation, un partenariat du Groupe de la Banque avec le Centre mondial sur l’adaptation, nous avons renforcé l’adaptation et la résilience au changement climatique dans la conception de nouveaux investissements d’une valeur de plus de 1,6 milliard de dollars. Le soutien de 6,5 milliards de dollars de la Banque à l’initiative de la Grande Muraille verte quant à elle accélérera la mise en œuvre du programme à l’échelle du continent. C’est sans doute la plus grande initiative de développement durable en Afrique. Celle-ci vise à reboiser le Sahel qui est déjà affecté par de multiples défis de vulnérabilité climatique, de désertification, de perte de biodiversité et d’insécurité alimentaire. »

