Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a effectué une tournée très remarquée sur le continent africain. Le Nigeria, le Kenya et le Sénégal ont eu le privilège de le recevoir.
Cette tournée suit la dynamique de la politique de Joe Biden selon le Dr Bakary Samb, Directeur du Timbuktu Institute-African Center for Peace Studies. En fait, le pro- gramme de campagne de Biden était « America is back », signifiant le retour d’une Amérique qui montre sa vitalité, économique et politique, une Amérique passionnée par la scène internationale. Donc l’Amérique est de retour, mais dans quel contexte? Il y a trois choses qui interviennent. La montée continue, fulgurante même, de la puissance chinoise qui prend une place de choix sur le plan des relations interna- tionales, y compris en Afrique. Il y a aussi un moment où l’allié naturel des Etats-Unis, qui était et est toujours la France, se trouve dans une période assez complexe aujourd’hui au niveau du Sahel. Il y a un effet transversal, le retour de l’Amérique pour renforcer l’axe atlantique, dans un contexte que j’appellerais les retrouvailles «des enfants de Victoria» : le Royaume Uni, les Etats-Unis et l’Australie.En Afrique, les Etats Unis sont sur un terrain concurrentiel.
La percée de la Chine sur le continent est loin d’être une bonne nouvelle pour Washington. Le retour de la Russie et l’avancée en sous-marin de la Turquie rendent le terrain beaucoup plus complexe.Aussi, le chef de la diplomatie américaine a présenté la valeur ajoutée du partenariat avec son pays.Cette visite également au Sénégal n’est pas fortuite. Le Sénégal, sous l’égide de Macky Sall, va porter la tête de la Conférence des Chefs d’État de l’Union Africaine pour la période 2022-2023, en remplacement de Félix Tshisekedi de la République démocratique du Congo.
En vue de l’exécution de la relation sénégalo-américaine, en terre sénégalaise, les deux pays ont signé quatre projets à financer par Washington dans les domaines des infrastructures rou- tières et la sécurité publique.
Un financement de près d’un milliard de dollars US (581,4 milliards de francs CFA) sera octroyé par les Etats-Unis à l’Etat du Sénégal, pour la réalisation de ces projets, en vertu de ce protocole d’accord.
L’accord a été signé par des responsables du Cubic Transportation System, du groupe ABD, de Bechtel et de Motorola Solutions, pour les Etats-Unis, à l’occasion de la visite à Dakar du secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken. Les directeurs généraux de l’Agence des travaux et de gestion des routes, et du Conseil exécutif des transports urbains de Dakar ont signé l’accord du côté sénégalais, en présence d’Amadou Hott, ministre sénégalais de l’Economie, du Plan et de la Coopération, et du secrétaire d’Etat américain, actuellement en visite au sénégal au cours de laquelle il a été reçu en audience par le Chef de l’Etat Macky Sall, et eu des entretiens également avec homologue sénégalais Aissata Tall Sall.
Ce protocole d’accord d’un montant de près de 1 milliard de dollars devrait permettre à l’Agence des travaux et de gestion des routes de construire un système de gestion du trafic routier. Les ouvrages prévus serviront à ‘’réduire les embouteillages et à améliorer la sécurité sur les routes du Sénégal’’, selon un document distribué à la presse lors de la signature de l’accord bilatéral. Le financement américain ira à
la construction de plusieurs ponts, à Ziguinchor et Tobor (sud du pays), en vue de la constitution d’un corridor commercial entre le Sénégal et les pays voisins.
Le groupe ABD, spécialisé
dans le développement des infrastructures en Afrique, va former et employer de jeunes Sénégalais, qui vont occuper au moins 30% des emplois offerts lors de la construction des ponts, selon le chef de la diplomatie américaine, qui s’est réjoui de la présence de plus de 50 entreprises américaines au Sénégal.
Le protocole d’accord signé à Dakar concerne aussi la future autoroute qui va relier Dakar à Saint-Louis (nord), un segment d’une autre autoroute, entre Dakar et Rosso, à la frontière du Sénégal avec la Mauritanie.
Ce projet routier est une priorité absolue pour le gouverne- ment du Sénégal, car il permettra un accès meilleur, plus sûr et plus rapide à Saint Louis, une région appelée à devenir un carrefour des activités agricoles et de l’industrie pétrolière et gazière du Sénégal. Saint-Louis va également faciliter les échanges commerciaux du Sénégal avec l’Afrique du Nord, soulignent les deux parties. Quant au contrat
signé par Motorola Solutions et le Sénégal, il servira à construire un réseau national de communications.
Cette visite d’Antony Blinken au Sénégal, selon le Pr Mamadou Diouf, renvoie à l’histoire des choix faits par les présidents américains. Pour visiter l’Afrique en général ils se rendent dans les pays anglophones, comme le Kenya à l’Est, le Nigéria et le Ghana à l’Ouest. Le Sénégal est vu souvent comme le pays qui représente la francophonie. Et en plus de cette représentation des francophones, c’est aussi le Sahel, même si le Sénégal ne fait pas partie du G5 Sahel. Le Sénégal reste une des têtes de pont d’un Sahel en crise. Donc dans une certaine mesure c’est cela qui est important. La deuxième chose qui est importante et il va falloir regarder attentivement, c’est l’engagement américain de revitaliser la démocratie.
Dakar est la dernière étape d’une tournée africaine qui a conduit M. Blinken au Kenya et au Nigeria. Lors de son séjour au Sénégal, le responsable américain a visité l’Institut Pasteur de Dakar, qui espère commencer à produire des vaccins Covid-19 avec l’aide des États-Unis l’année prochaine.

