L’idée même d’une gouvernance multilatérale doublée d’un esprit progressiste et d’une vision libérale des sociétés permet de développer la confiance, créer de nouvelles ressources, assurer leur stabilité et leur durabilité ; l’Afrique et l’Europe peuvent porter ce flambeau.
lors que la traditionnelle saison des vœux pour une « bonne » année 2022 n’est pas même refermée, le monde bruit de mauvais augures. Au plan sécuritaire et stratégique, ceux-ci n’épargnent aucun continent. Au plan économique, il plane une ombre de volatilité et de sombres prévisions sur tous les types de marchés, des biens alimentaires aux taux directeurs de la finance publique. Autant dire que voilà des temps où, moins que jamais la ligne de plus grande pente ne saurait nous bercer, des temps où l’imagination, la juste ambition sont convoquées, où les hommes et les continents doivent, plus que jamais, se parler. Les tendances, négatives, à la division, ont été amorcées depuis quelquesannées, sansdouteétait- ce là la source du motto du Forum de Davos dont l’édition virtuelle (en attendant celle présentielle de mai 2022) vient de se clore, quand il plaçait ses travaux de cette année sous l’égide du thème « Working Together, Restoring Trust» travailler ensemble, restaurer la confiance. Or ce début de 2022 semble inaugurer en bien des endroits du globe et bien des sujets, une division qui s’approfondit.
Faut-il alors remiser nos vœux, se résigner, attendre le fétiche des vœux de … 2023 pour l’action progressiste et, en attendant, limiter les dégâts, se protéger, mettre en place des stratégies nationales, sinon de repli, du moins de sécurisation tous azimuts ?
Cette frilosité serait mauvaise conseillère dans un monde engagé dans des transitions multiples, risque totalement et identiquement partagé par de jeunes nations entrant dans l’émergence et par celles aux moyennes d’âge plus chenues condamnées à la transformation de leurs modèles mais appuyées elles aussi par une jeunesse créative, mobilisée.
Ces deux jeunesses sont demandeuses de réformes, de modernisations inclusives, pour elles-mêmes, pour leurs sociétés, pour la planète ; si le baromètre de confiance varie d’un pays à l’autre, la liste des priorités et des objectifs est aujourd’hui commune ; il n’y a plus de sociétés d’aisance vs des sociétés en développement, mais des sociétés en transformations dans un monde commun, les sondages d’opinion en attestent.L’Afrique en mouvement participe en plein à cette évolution,
la CEDEAO et le Sénégal en particulier ; la communauté internationale ne s’y trompe pas, qui aujourd’hui fait de manière croissante le chemin de Dakar, certes pour communiquer ses vues mais vues parfois édulcorées, ainsi les Etats-Unis ne « demandent pas à l’Afrique de choisir entre eux et la Chine » alors que c’est nettement moins ouvert dans leur relation à l’UE mais aussi à l’écoute.
Témoignent de ce balai le récent Forum de la Coopération sino-africaine, dont Macky Sall assurait la co-présidence à côté de son homologue chinois Xi Jinping, qui s’est tenu à Dakar les 28, 29 et 30 novembre 2021 après avoir reçu, les 21 et 22 du même mois, le Secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, venu prudemment préparer les choses ; mais parmi les visiteurs de Dakar on a aussi pu compter début décembre les Français Florence Parly ministre des armées et Jean-Yves Le Drian ministre des affaires étrangères, lors de la 7e édition du Forum Paix et Sécurité.
Ce qui ressort de commun de
ces trois événements est un ra- pide mûrissement de la relation du monde à l’Afrique émergente,fondée sur une assise renouvelée de la position
de l’Afrique au monde : les principes humains de l’équité et de l’accès aux chances doivent gouverner les échanges, en être l’objectif ultime ; mais, et une fois les principes de sociétés acceptés comme relevant de la l’esprit national, les principes directeurs de ces échanges en est la structure économique mondiale, qui de plus en plus devient objet commun de débat, et cible d’une co-gouvernance -finies les demandes au sein de ce systèmes, exit la question de l’aide ce sont les règles que l’on veut discuter-, sain passage de la morale à la technique, et au profit d’un dialogue bidirectionnel.
Ceci s’incarne en un thème : la réforme de la gouvernance économique mondiale pour plus de justice et d’équité à l’endroit de l’Afrique, pour une place agis- sante pour cette Afrique en mouvement. Un argentier tel le FMI, les bailleurs (Banque mondiale, Banque Africaine de Développement, Agence Française de Dé veloppement…) ont dès le 18 mai 2021, à l’invitation de l’Élysée et avec la préparation en grande proximité avec le Sénégal, mis en place un sommet pour le finan- cement innovant de l’économie africaine.
Le Président Macky Sall, identifie, dans cette perspective, six domaines prioritaires : l’assouplissement des règles de l’OCDE pour les prêts crédits export et l’allongement des maturités pour le financement des infrastructures de développement; la correction de la perception du risque d’investissement en Afrique, surévalué et loin de la réalité; L’enjeu de ces deux mesures peut être lu comme une volonté ferme de sortir du modèle ancien et de de sortir par le haut de la tyrannie de la dette asymétrique et de l’aide,
la promotion des financements mixtes, combinant fonds concessionnels et financements commerciaux; l’allègement et la simplification des procédures d’instruction de financement des projets dans le respect des règles de transparence. Ces enjeux ont trait à la modernisation et sont en phase avec les évolutions de la finance mondiale, la finance verte incluse, la conduite d’une transition énergétique juste et équitable selon le principe de la responsabilité commune mais différenciée; l’amélioration des règles du système fiscal international afin que l’impôt soit payé là où la richesse est créée.
Ici le positionnement démontre que l’Afrique peut et veut jouer son rôle plein et entier dans la réalisation des biens pu- blics mondiaux ; or ceux-ci se financent, par définition, par l’impôt. Si le mot n’est pas prononcé dans le discours, il transparait : il s’agit de souveraineté économique (premier double pilier) bien fondée (second diptyque) et responsable (troisième pôle).
On ne peut pas ignorer que cette souveraineté bien fondée responsable est, au niveau stratégique, exactement ce qu’une partie croissante de l’Europe et de l’Union Européenne souhaite pour elle-même, fatiguée par une tension croissante entre États- Unis et Chine, mais aussi excédée par une obsession croissante ré- ciproque de l’une envers l’autre et leur incapacité croissante à par- ler à l’Europe -ou à l’Afrique- en dehors de leur rivalité : le ‘nous ne vous demandons pas de choisir’ n’est qu’une version édulcorée de l’injonction de choisir faite à l’Europe.
Que l’une des parties désigne une ‘autonomie stratégique’ quitte à l’exemplifier ensuite et que l’autre liste des attendus sans les nommer est affaire de forme, mais le fond renvoie à des dynamiques compatibles, car cohérentes entre elles, d’ouverture au monde croissante mais sous conditionnalité de nécessaire satisfaction de ses objectifs propres. En cette période clôture des vœux, il convient donc de remar- quer que l’Union Européenne, sous la double impulsion de son Parlement et de sa Commission, depuis deux ans, veut un positionnement de plus en plus précis sur un nombre de points incluant aussi le commerce, le financement, la fiscalité au service de la transformation ; faut souhaiter bon vent à
ces deux positionnements. Il faut surtout leur souhaiter de se rencontrer, et ceci est non seulement possible mais annoncé : ce sera le Sommet UA-UE des 17 et 18 février ; or, la France vient de prendre la présidence tour- nante de l’UE pour 6 mois début janvier, et le Sénégal va lors du Sommet d’Addis Abeba des 5 et 6 février inaugurer sa présidence de l’UA pour un an.
Les objectifs de la présidence française de l’UE, présentés à Bruxelles par Emmanuel Macron porte également sur trois grands axes : une Europe plus souve- raine, un nouveau modèle européen de croissance, une Europe plus humaine. Dans le détail ces points sont compatibles avec le programme transformateur afri- cain porté par son homologue Macky Sall et sur le point d’être portés à l’UA.
Pour conclure ces vœux, donc, si aucune année ne saurait certes être bonne pour tous, le monde semble cependant avoir oublié qu’il n’est pas un gâteau à se partager, que l’idée même d’une gouvernance multilatérale doublée d’un esprit progressiste et d’une vision libérale des sociétés permet de développerla confiance, créer de nouvelles ressources, assurer leur stabilité et leur du- rabilité, mais l’Afrique et l’Europe peuvent porter ce flambeau, lesprésidences simultanées de deux pays qui se connaissent
intimement, de la Teranga et de l’Universel, peuvent faire que, même si la mondialisation n’a jamais été parfaite, on se souvienne que les chiffres malgré tout abondent sur ses dividendes globaux, allant de la lutte contre la pauvreté à la diminution globale des conflits, que malgré tout on ait en tête en commun que la bataille se gagne par les idées et l’enthousiasme : les tendances qualitatives étaient jusqu’à peu perceptibles de la possible mise en place d’une gestion commune d’épineux problèmes comme le climat, au niveau mondial, et pourtant chaque année fait avan- cer la mise en œuvre d’objectifs dont l’ambition s’approfondit ; que sur ce modèle fleurisse un nouvel espoir : que l’employabilité de la jeunesse, une jeunesse qui de part et d’autre des deux continents n’a jamais été aussi formée qu’aujourd’hui, devienne un nouveau bien commun, et le travail ne s’arrêtera certes pas en février, car 2022 marque aus- si l’année du Forum mondial de l’eau accueilli par Dakar, du Sommet de la « COP désertification » en Afrique de l’Ouest en mai à Abidjan et de la COP27 du climat, « COP africaine » au Caire en novembre 2022. La France comme le Sénégal soutiendront ces événement, espérons que ce travail en commun restaure la confiance.

