Les carrés du «Royaume de l’enfance » du professeur Boubacar Ly : une constellation de quartiers-creusets, terreau d’influences plurielles.
L’éclectisme et le brassage des hommes et des idées ont des vertus que le professeur Boubacar Ly, le maître ne cesse de reconnaître dans son livre-entretien avec son jeune collègue sociologue de l’université de Dakar, le Dr Souleymane Gomis; et notamment, dans le tome I de la série paru aux éditions Harmattan en 2019 et intitulé : « le Plateau de Dakar, le royaume de l’enfance de Boubacar Ly ».
Dans ces maisons du Dakar-Plateau que sont « les carrés africains » dont parle le sociologue Boubacar Ly dans ses souvenirs de jeunesse dans ce lieu-emblème de la capitale du Sénégal : « musulmans et catholiques d’ethnies différentes, venus des régions du pays côtoyaient des Africains de toutes les fédérations de l’AOF (Afrique occidentale française) ou de l’AEF (Afrique équatoriale française) ou d’ailleurs. Il s’y trouvait aussi de très nombreux ressortissants des îles du Cap vert »explique le Pr Boubacar Ly pour qui « ces carrés étaient de véritables melting-pot »…
Aujourd’hui encore, ils sont nombreux et si singuliers dans leur riche diversité ethnique raciale et confessionnelle, ces coins du Dakar-Plateau. Comme dans ces poches de résistance culturelle que sont ses excroissances ou sous-quartiers, véritables îlots de ruralité urbaine perdus au cœur de la grande capitale (Niayes-Thioker, Reubeuss ou Kaay Findiiw, Mbott, Ngaraaff et autres) quand on est né au Dakar-Plateau, on a de très fortes chances d’être citoyen du monde avant l’âge. Et d’être polyglotte tout jeune et à bien moindres frais…Un bon Plateau comme un bon Boy Reubeuss ou un enfant de Niayes-Thioker peut allégrement, à 15ans, vous parler le Peul du Fouta, le Seereer Safi de la côte ou sa variante du Baol et des terres plus hautes de l’hinterland sénégalais, le Malinké du Mande éternel, le wolof des villes ou le lébou des villages traditionnels de la presqu’île. Mais aussi et sans doute aussi, le soussou de la Guinée forestière, le Créole de Bissau et le pidgin « portuguese » des Cap Verdiens dont le quartier-village de Reubeus et le Plateau ont été les premiers points de chute. Avant que, à la faveur de la création des Sicap (logements à habitat modéré créés par le régime senghorien pour loger les fonctionnaires sénégalais devant former la classe moyenne émergente du pays post-indépendant), ils n’y aient migré vers d’autres lieux de vie comme les Sicap Baobab et autres Karack et Amitié où cette communauté a pignon sur rue. Mais dont les plus anciens, parmi les anciens, gardent encore leurs attaches reubeussiennes et donc de leurs origines d’anciens enfants du « Teauplat » (anagramme et autre nom donné à Dakar-Plateau par ses authentiques enfants).
Mais, épiphénomène de ce brassage culturel, source de cet enrichissement que seul sait créer le véritable melting-pot, au Plateau de Dakar, comme à Reubeuss qui est une de ses excroissances, pour peu que l’on soit un peu doué et que les parents vous en laissent la possibilité sans évoquer les tabous que l’on connaît, on peut jouer à la guitare ou taper du « Assiko ». C’est-à-dire de la percussion en bandes mixtes chantant et battant sur ces peaux tannés que connaissent bien les habitués des stades comme Iba Mar Diop et bien de l’ancien stade Assane Diouf (aujourd’hui « dévoré » par le chantier de ces deux hypothétiques gratte-ciels appelés « tours jumelles), antres du championnat populaire de football dénommés « navétanes » , où la turbulente, mais non moins brillante équipe du Xandalu de Reubeuss et sa «sœur ennemie»,le Sandial du Plateau ont imposé, des années durant, leur loi sur les terrains de foot.
On peut, si on est né à Dakar-Plateau ou si on y a grandi, être sportif éclectique. Tantôt athlète, tantôt footballeur ou hand-baller ou champion nageur. Car les plages contiguës de teeru Baay soogi sur l’anse Bernard de Koussoum sur la grande corniche étaient pour tous, plus qu’une simple piscine à ciel ouvert, une école de la vie où on peut tout apprendre en donnant aux autres et en apprenant en retour d’eux. Garang Coulibaly, l’homme poly-dimensionnel qui intervenait dans les émissions de salsa, grattait à la guitare et jouait du saxo ne dira pas le contraire. Lui qui, comme Lamine Diack, ancien patron de l’athlétisme mondial, a été brillant sportif, coach et manager hors pair de sport sur l’international.

