L’esprit de La Revue de Dakar relève un défi : sortir l’Afrique des images mortifères et stimuler les conversations positives sur son devenir.
« Il faut provoquer l’histoire », je le dis avec Achille Mbembe. Briser le cercle infernal de la peur dont l’ampleur est telle que nous sommes figés au sol, prisonniers de notre incapacité à s’élever au-delà de l’alter- native de la réaction ou de la soumission.
La Revue de Dakar est un « regard long », actif et délibérément enthousiaste sur l’Afrique de- bout, libre, créative. Cette Afrique-là doit conti- nuer à amplifier sa parole, inventer ses propres mots, s’épurer des langues de bois plaquées sur son temps. On ne peut être libre et bâtir son bien-être si on n’est pas artisan et maître de ses mots.
Journalistes, universitaires, intellectuels de toutes les traditions de pensée endogène, araboislamique et occidentale, cadres du sec- teur privé et du service public, militants poli- tiques, membres des organisations citoyennes, pouvoirs publics, entrepreneurs, classes la- borieuses, artistes, il appartient aux élites d’Afrique, dans le geste d’ouverture au reste du monde, de dire ici et maintenant, avec leurs propres mots, l’Afrique de leurs inspirations et aspirations. La rencontre et la conversation : tel me semble être le terreau même du nouveau auquel nous tendons. Elles nous arrachent aux monologues paral- lèles, aux pétitions de principes improductives. D’elles jaillissent les éclats de lucidité et de sens qui ouvrent de nouvelles fenêtres de l’histoire.
La Revue de Dakar se veut dictionnaire-réceptacle de ces lexiques subits et étonnants, mots épars pour tisser des narrratifs authentiques qui disent l’Afrique réelle et vivante.
La Revue de Dakar! Pourquoi Dakar? Eh bien, c’est vers Senghor, immense poète du XXe siècle, intellectuel de dimension mondiale confirmée et chantre de la civilisation de l’uni- versel, qu’il faut sans doute se tourner. Dans son discours d’ouverture du Premier Festival mondial des Arts nègres, il dit: « Le Sénégal vous accueille (…) comme des hôtes insignes et, d’abord, Dakar, qui répond ainsi à sa vocation. Car, soc noir, lancé dans l’océan fertile, Dakar a toujours répondu à l’appel des alizés, au salut des visiteurs de la mer et de l’air, pour nouer Les dialogues d’où naissent les civilisations, en tout cas la culture ».
Dakar est donc, métaphore trouvée, un site intellectuel pour dire l’Afrique.
Je suis heureux de signer la première Lettre de cette belle revue à qui je souhaite une longue et belle trajectoire, sur les bords extrêmes du continent qui se lève avec le sourie auroral sur le matin du monde.
« Le Sénégal vous accueille (…) comme des hôtes insignes et, d’abord, Dakar, qui répond ainsi à sa vocation. Car, soc noir, lancé dans l’océan fertile, Dakar a toujours répondu à l’appel des alizés, au salut des visiteurs de la mer et de l’air, pour nouer les dialogues d’où naissent les civilisations, en tout cas la culture ». L.S. Senghor
